Тenue de force à Clermont-Ferrand : ce que Mathis a repris à la guerre en six semaines

# Tenue de force à Clermont-Ferrand : ce que Mathis a repris à la guerre en six semaines

Mathis Renard a trente-quatre ans et sert dans l'armée depuis février 2022. Ce texte n'est pas une confession de blessé, ni un récit de bataille. C'est l'histoire d'un homme qui a eu une permission normale — et qui a décidé de ne pas la gaspiller.

Tout commence en juillet, sur une base près de Poitiers. Six semaines de rotation arrière, avec des week-ends qui existent vraiment, un lit qui ne bouge pas sous les tirs, de la nourriture chaude à heure fixe. Au début, Mathis pense que c'est du repos. Il dort douze heures d'affilée les trois premiers jours. Puis quelque chose cloche.

« Je me suis surpris à faire les cent pas dans le couloir du foyer, raconte-t-il. Il n'y avait rien à faire, rien à porter, rien à surveiller. Et ça me rendait dingue. »

Ce n'est pas de la fatigue, c'est l'absence de fatigue qui pose problème. Pendant deux ans, l'épuisement avait cessé d'être un état passager pour devenir une manière d'exister — la seule qu'il connaissait encore. Le corps s'était habitué à fonctionner en dette permanente. Quand la dette disparaît, il reste un trou. Et un trou, ça se remplit.

Mathis choisit de le remplir avec de la fonte.

Sur les conseils d'un gars du régiment, il pousse la porte d'une salle de force à la sortie de la ville, entre un garage Renault et un kebab qui ferme à minuit. C'est là qu'il croise Bastien Léotard, préparateur en force athlétique affilié à la fédération FFForce — un type sec, taiseux, qui note tout sur un vieux carnet à spirale plutôt que sur son téléphone. Bastien ne connaît pas l'histoire de Mathis, ne demande rien sur la guerre. Il observe juste comment il soulève une barre à vide et dit : « On a du travail. »

Une seule séance lourde par semaine — le reste, c'est du sommeil, des repas réguliers, de la récupération. Ce protocole, à l'inverse de tout ce que Mathis a connu ces deux dernières années, tient sur un tableau Excel avec des chiffres qui montent progressivement d'une semaine à l'autre. Un ordre qui a un sens, une logique, une fin prévisible. Rien à voir avec l'ordre imprévisible de la guerre.

Il se fixe un objectif précis : décrocher le titre de Maître de sport en force athlétique dans la fédération régionale des Hauts-de-France, celle où Bastien fait encore quelques déplacements en tant que juge. Une idée qui traîne depuis l'adolescence, abandonnée à dix-sept ans faute de temps, d'argent, et surtout faute de constance — et que la guerre, paradoxalement, vient de rendre de nouveau possible.

Les compétitions tombent toutes le week-end. Un hasard de calendrier qui arrange tout le monde dans l'armée. En un mois, Mathis en fait deux : un déplacement à Lille fin juillet, un autre à Amiens début août. Il valide le total requis pour le Maître de sport dès la deuxième sortie, et empile au passage quatre qualifications de niveau inférieur dans la foulée — une sorte de trop-plein, comme s'il rattrapait d'un coup toutes les années où il n'avait rien pu accumuler.

Dans les vestiaires d'Amiens, après la pesée, un adversaire de vingt ans lui demande depuis quand il s'entraîne. « Six semaines », répond Mathis. Le gars éclate de rire, croyant à une blague. Il ne rit plus quand il voit les chiffres sur la feuille de résultats.

Demain, c'est la troisième et dernière compétition du cycle, à Rouen. Un déplacement de trois heures en voiture que Bastien a insisté pour faire avec lui, sur ses propres deniers, un samedi où il aurait pu rester chez lui. Mathis tentera un second total de Maître de sport, cette fois dans une catégorie de poids légèrement supérieure — il a repris quatre kilos en un mois et demi, presque tous en muscle, ce qui pour Bastien vaut mieux que n'importe quelle médaille.

Trois compétitions en six semaines, c'est sans doute trop. Bastien le lui a dit deux fois, en soupirant, avant de le laisser s'inscrire quand même. Mais Mathis ne cherche pas la performance parfaite. Il cherche à refermer quelque chose qui traînait depuis l'adolescence, et qui n'attendait qu'une fenêtre — même minuscule, même hors du temps normal, même arrachée à une guerre qui prend beaucoup plus qu'elle ne rend.

« La guerre m'a pris deux ans que je ne récupérerai jamais, dit-il en pliant sa ceinture de force dans son sac de sport. Mais là, enfin, c'est moi qui ai repris quelque chose. »

Il referme le sac, glisse dedans le carnet de Bastien avec les chiffres de la semaine prochaine déjà notés au crayon, et va se coucher tôt — demain, le réveil sonne à cinq heures.

*P.-S. : il y avait bien une autre option pour occuper ce temps libre, plus classique chez les gars en permission, avec beaucoup moins de barres et beaucoup plus de bouteilles. Celle-là, Mathis l'a mise de côté pour des jours meilleurs.*

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