Le poirier était penché, le banc de bois se fendait et aucune lumière ne brillait derrière les fenêtres.

Nathalie s’arrêta devant le vieux portail de la maison familiale.

Le poirier était penché, le banc de bois se fendait et aucune lumière ne brillait derrière les fenêtres.

— Je n’arrive pas à croire que maman n’est plus là, — murmura-t-elle.

Son mari Philippe posa la main sur son épaule.

— Tu as fait ce que tu pouvais.

— En es-tu certain?

Dans la maison flottait encore l’odeur des médicaments. Nathalie se rappela ses dernières visites.

— Maman, je suis arrivée.

— Pour combien de temps?

— Deux jours. Je dois travailler lundi.

— Bien sûr. Le travail…

À l’époque, Nathalie n’avait pas compris la tristesse cachée dans ces silences.

— Elle t’attendait, — dit son frère Laurent.

— Je venais aussi souvent que possible.

— Une fois par mois. Moi, j’étais ici chaque jour.

— J’ai des enfants et un emploi.

— Moi aussi. Pourtant, c’est moi qui ai vu ses nuits difficiles et ses larmes.

— Elle ne m’a jamais rien dit.

— Elle voulait te protéger.

Après les funérailles, Laurent annonça que leur mère avait laissé la maison uniquement à son nom.

— Pourquoi? — demanda Nathalie.

— Parce que je suis resté auprès d’elle.

Cette nuit-là, Nathalie demanda à son mari:

— Ai-je été une mauvaise fille?

— Non. Tu croyais qu’il y aurait toujours une prochaine visite.

Le lendemain, elle parla à son frère.

— Je ne contesterai pas le testament.

— Tu es sérieuse?

— Tu as pris soin d’elle. Je dois reconnaître cela.

Laurent baissa les yeux.

— Je ne suis pas seulement en colère pour la maison. J’étais seul. Elle demandait souvent quand tu viendrais.

— J’avais peur de la voir devenir si faible.

— Elle avait peur que tu l’aies oubliée.

— Je ne l’ai jamais oubliée.

— Je le sais. Elle ne le ressentait pas toujours.

De retour chez elle, Nathalie serra contre elle ses enfants Hugo et Camille.

— Vous m’avez manqué.

— Toi aussi, maman.

Elle les regarda.

— Un jour, lorsque je serai vieille, ne vous contentez pas de penser que vous m’aimez. Venez me voir.

Hugo sourit.

— Tu n’es pas vieille.

Mais Nathalie avait compris que le temps disparaissait bien avant que l’on se sente prêt.

Un mois plus tard, elle revint chez son frère.

— Je vais t’aider avec la maison.

— Tu n’es pas obligée.

— Je ne le fais pas par obligation. Je ne veux plus venir ici comme une invitée.

Ils réparèrent ensemble le banc et nettoyèrent le jardin.

— Tu te souviens lorsque maman nous criait de descendre du poirier?

— Et que nous savions qu’elle finirait par nous pardonner.

Ils sourirent sans amertume.

Nathalie ne pouvait plus offrir sa présence à sa mère.

Elle pouvait cependant en faire un choix quotidien pour ceux qui vivaient encore.

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