La responsable du foyer, Véronique, fronça les sourcils en apercevant une nouvelle fois le chat roux devant la grille.

La responsable du foyer, Véronique, fronça les sourcils en apercevant une nouvelle fois le chat roux devant la grille.

— Il est encore là. Cela fait presque un mois.

Chaque matin, le chat arrivait avant sept heures. Il ne fouillait pas les poubelles et n’essayait jamais d’entrer. Il s’installait sous un vieux marronnier, enroulait sa queue autour de ses pattes blanches et observait la porte principale jusqu’au soir.

La nouvelle éducatrice, Camille, pensait qu’il attendait quelqu’un.

— Il attend surtout les restes du déjeuner, — répondait Véronique.

Les enfants l’avaient surnommé Caramel. Ils lui donnaient du pain, de la viande et de l’eau. Il mangeait, puis reprenait aussitôt sa place.

Lorsqu’un garçon de dix ans nommé Mathis sortait dans la cour, Caramel se levait immédiatement.

Mathis était arrivé au foyer après la mort de son grand-père, qui l’élevait seul. Sa mère vivait dans une situation instable et son père n’avait jamais été retrouvé. Le garçon parlait peu, refusait les activités et gardait constamment son manteau près de son lit.

Un après-midi, Camille le surprit près de la grille.

— Pistache… c’est bien toi?

Le chat colla son museau contre les barreaux et passa une patte entre eux. Mathis la toucha doucement.

— Tu le connais?

Le garçon détourna les yeux.

— Il ressemble seulement à notre chat.

Il finit par expliquer que Pistache dormait sur son lit, l’accompagnait jusqu’à l’école et l’attendait chaque soir sur le rebord de la fenêtre. Après la mort de son grand-père, l’appartement avait été vidé et le chat laissé dehors.

L’ancien logement se trouvait à l’autre bout de la ville.

— Comment aurait-il pu te retrouver?

— Il me retrouvait toujours.

Véronique refusa qu’on garde l’animal.

— Nous avons des règles, des contrôles et des enfants allergiques. Le chagrin d’un garçon ne peut pas décider du fonctionnement d’un foyer entier.

Camille conduisit le chat chez un vétérinaire. Il était amaigri, ses coussinets étaient abîmés et son pelage couvert de poussière. Il portait une puce électronique.

Le propriétaire enregistré était le grand-père de Mathis.

Véronique examina le document.

— Cela prouve que c’est son chat. Pas qu’il peut entrer.

Cette nuit-là, une pluie froide tomba sur la ville. Pistache resta sous le marronnier.

Vers minuit, Mathis disparut de son lit.

Camille le trouva derrière la grille. Il tenait le chat contre lui sous son manteau.

— Je ne voulais pas partir, — expliqua-t-il. — Je voulais seulement qu’il sache que je l’avais reconnu.

Véronique entendit sa réponse.

Le lendemain, elle demanda au gardien, Laurent, de construire un abri isolé dans la cour.

— Il reste dehors. Et les enfants doivent respecter un planning.

La cuisinière apporta une couverture, une association paya les vaccins et les enfants peignirent l’abri en vert.

Pistache devint rapidement plus qu’un animal de la cour.

Mathis commença à participer aux repas. Il accepta de parler à la psychologue, mais seulement lorsque le chat était assis près de lui.

Il raconta que son grand-père avait été malade longtemps. Pistache restait contre lui pendant les nuits où il entendait les adultes parler de l’hôpital.

— Il ne pouvait rien empêcher, — dit Mathis. — Mais il ne partait jamais.

Les autres enfants s’attachèrent également au chat. Zoé lui lisait des histoires. Enzo lui racontait ses souvenirs de sa sœur. La petite Anaïs déposait des dessins sous sa couverture.

Quelques mois plus tard, un couple vint rencontrer Mathis dans le cadre d’un placement familial. Claire et Julien vivaient dans une maison avec jardin et avaient déjà accueilli plusieurs enfants pendant les vacances.

À la troisième rencontre, Mathis demanda:

— Et si un enfant possède un chat?

Claire sourit.

— Alors il faut prévoir deux places dans la voiture.

Le processus prit du temps. Mathis craignait qu’ils changent d’avis. Il demandait s’ils le ramèneraient s’il cassait quelque chose, se mettait en colère ou laissait Pistache griffer le canapé.

— On ne devient pas une famille parce que tout le monde se comporte parfaitement, — répondit Julien. — On le devient parce qu’on apprend à ne pas abandonner au premier problème.

Le jour du départ, tous les enfants se réunirent devant la grille. Pistache miaulait dans sa caisse jusqu’à ce que Mathis le prenne sur ses genoux.

Véronique lui remit son dossier.

— Prends soin de lui.

Mathis caressa le chat.

— Il l’a déjà fait pour moi.

Après le départ de la voiture, l’abri resta vide sous le marronnier.

Véronique refusa qu’on l’enlève.

Une plaque fut fixée au-dessus de l’entrée:

«Ici a attendu quelqu’un qui savait que l’on peut perdre une maison sans perdre son lien.»

Depuis ce jour, lorsqu’un enfant parlait d’un animal, d’un jouet ou d’une personne laissée derrière lui, personne ne répondait plus qu’il oublierait.

Car ils avaient compris que certains souvenirs n’empêchent pas d’avancer.

Ils donnent simplement une main à tenir pendant le chemin.

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