Pendant quatre ans, elle supporta les plaisanteries de son compagnon sur la ménopause. Une phrase prononcée au milieu de la nuit lui fit comprendre qu’il devait partir

Pendant quatre ans, elle supporta les plaisanteries de son compagnon sur la ménopause. Une phrase prononcée au milieu de la nuit lui fit comprendre qu’il devait partir

À trois heures du matin, Véronique se tenait dans la cuisine, la chemise de nuit trempée.

Elle avait ouvert la fenêtre malgré le froid. Son visage brûlait, tandis que ses mains étaient glacées.

Alain entra en regardant son téléphone.

— Encore une bouffée? — demanda-t-il. — On devrait te mettre sur le balcon. Tu refroidirais plus vite.

Véronique ne répondit pas.

— Une chaudière sur pattes, — ajouta-t-il en riant.

Elle posa son verre.

— Alain, prépare tes affaires.

Il leva enfin les yeux.

— Quoi?

— Demain matin, tu ne vivras plus ici.

Il eut un sourire incrédule.

— Tes hormones te font vraiment perdre la tête.

Cette phrase fit disparaître le dernier doute.

Véronique avait cinquante-six ans. Elle avait rencontré Alain cinq ans auparavant lors d’un dîner chez des amis.

Après un divorce difficile, elle vivait seule depuis longtemps. Elle travaillait dans une agence d’assurances, possédait son appartement et ne dépendait de personne.

Alain lui avait plu parce qu’il semblait léger. Il savait rire, improviser un repas et rendre une soirée ordinaire agréable.

Six mois plus tard, il s’installa chez elle.

Il expliqua que son propriétaire reprenait le logement. Ce devait être temporaire.

Puis il déclara qu’il était absurde de payer deux loyers.

Véronique accepta.

Elle payait les charges, les assurances et la plupart des courses. Alain participait irrégulièrement. Lorsqu’elle parlait d’argent, il répondait:

— Nous ne sommes pas des colocataires.

Les premières années furent heureuses. Ils sortaient, voyageaient et avaient leurs habitudes.

Puis le corps de Véronique changea.

Ses cycles devinrent irréguliers. Elle dormait mal, ressentait parfois une anxiété soudaine et subissait des bouffées de chaleur intenses.

La gynécologue parla de périménopause.

Véronique raconta le rendez-vous à Alain.

— Donc tu passes officiellement dans la catégorie des vieilles dames? — plaisanta-t-il.

Elle lui demanda de ne pas dire cela.

— Tu sais bien que je plaisante.

La plaisanterie devint pourtant un langage quotidien.

Lorsqu’elle ouvrait une fenêtre, Alain annonçait que „le climat tropical recommençait“. Si elle oubliait quelque chose, il parlait de „cerveau ménopausé“. Devant leurs amis, il racontait que dormir avec elle coûtait moins cher que le chauffage.

Véronique disait que cela la blessait.

— Tu n’as plus aucun humour.

Elle finit par se taire.

La nuit, elle changeait de vêtement en silence. Elle évitait de parler de fatigue. Elle refusait parfois des invitations sans en expliquer la raison, sachant qu’Alain l’accuserait encore d’être devenue vieille et morose.

Lui continuait à vivre confortablement dans son appartement. Il attendait les repas, la lessive et l’organisation du quotidien.

Quand elle lui demandait davantage de participation, il se vexait.

— Ma présence ne compte donc pas?

Cette nuit-là, Véronique comprit que sa présence avait un prix trop élevé.

— Je t’ai demandé des dizaines de fois d’arrêter, — dit-elle. — Tu préfères penser que je suis trop sensible plutôt que reconnaître que tu es cruel.

— Cruel? Pour une blague?

— Une blague s’arrête lorsque la personne blessée le demande.

Alain se mit en colère.

Il rappela les étagères installées, les trajets en voiture et les repas payés au restaurant.

— Tu me chasses après tout ce que j’ai fait?

— Tu n’as pas acheté le droit de m’humilier.

Il la regarda durement.

— À ton âge, tu crois vraiment retrouver quelqu’un?

Véronique sentit le sens profond de leurs quatre années apparaître.

Alain pensait qu’elle devait accepter ses moqueries parce qu’une femme de cinquante-six ans devait être reconnaissante de ne pas être seule.

— Peut-être que je ne retrouverai personne. Mais je me retrouverai moi.

Alain dormit dans le salon. Le lendemain, il partit travailler en laissant ses affaires.

Véronique fit changer la serrure et prépara ses cartons.

Lorsqu’il revint, il ne put entrer.

— Tu ne peux pas me mettre dehors comme ça.

— C’est mon appartement.

— Où veux-tu que j’aille?

— Chez les amis devant lesquels tu racontais tes histoires sur moi.

Les premières semaines, Véronique ressentit le manque des habitudes. Deux tasses le matin. Une voix dans le salon. Quelqu’un à qui raconter sa journée.

Mais elle découvrit aussi le soulagement.

Elle pouvait ouvrir la fenêtre sans commentaire. Dormir avec un ventilateur. Refuser une sortie sans être accusée d’être une vieille femme difficile.

Elle consulta une nouvelle spécialiste, adapta son traitement et commença un cours de yoga doux.

Ses symptômes ne disparurent pas. Sa honte, oui.

Alain écrivit plusieurs fois. D’abord pour l’accuser. Ensuite pour s’excuser.

„Je ne savais pas que tu souffrais réellement.“

Véronique répondit:

„Je te disais que tes paroles me faisaient souffrir. Tu n’avais pas besoin d’un diagnostic supplémentaire.“

Un an plus tard, elle le croisa dans un café.

— Tu sembles heureuse, — remarqua-t-il.

— Je suis respectée chez moi.

— Tu vis seule.

— Ce n’est pas contradictoire.

Elle passa devant lui.

La ménopause n’avait pas rendu Véronique froide, instable ou ingrate.

Elle lui avait seulement appris que son corps pouvait traverser une période difficile sans devenir un objet de plaisanterie.

Et qu’à certains moments de la vie, la décision la plus saine n’est pas de supporter davantage.

C’est d’ouvrir la porte.

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